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La chair et le couteau -- Extrait d'un roman inédit

littérature, roman — Par younisos le 24 jui 2008 à 13:59


 

La belle endormie était là ramenée à la pure présence, charnelle épaisseur, silencieuse, ici et maintenant étalée.

De ses cheveux roux émanait une douce fragrance, sucrée, crémeuse.

Frôlant de mon nez sa chevelure je la humai profondément de sorte que, l’effluve me pénétrant jusqu’à la moelle, je fus saisi d’un délicieux vertige. Enivré d’effroi et de volupté, effleurant de ma main tremblotante sa poitrine à travers le drap, j’éprouvai la tiède plénitude de la chair. Sous l’estivale couverture sa très fine chemisette était partiellement déboutonnée : d’un petit geste je dénudai aisément le téton gauche sans la réveiller.

Le sein apparut tout rond, plein, inerte, d’une blancheur crue, lunaire. Beau et atroce.

Le couteau avec lequel elle avait découpé le saucisson reposait innocemment sur une petite étagère de bois beige.


rouge

poésie — Par younisos le 22 jui 2008 à 13:45

la chair
par  Younisos

 

 

M'adressant au Soleil je lui dis :

-- De mon ventre un grand couteau surgira, qui te lacérera, rat !

Tout rouge le Soleil, boursouflé, tuméfié si bizarre le Soleil, gonflant à vue d'oeil, finit par éclater.

Le sang chaud pleuvant à flots ruisselle sur l'étendue aride et poussiéreuse.


rage dionysiaque

poésie — Par younisos le 16 jui 2008 à 18:30

Je vois du sang sur l’azur ; la beauté et la lumière éclatent dans mon crâne. La lumineuse épaisseur de la chair me jette dans une fureur atroce.

Écoutez, je voudrais comprendre cette chose horrible et excessive qui irradie dans le bleu du ciel — j’ai au fond du ventre une rage qui voudrait que de mes entrailles surgisse un grand, très long couteau… un couteau assez énorme pour déchirer le soleil, ensanglanter le ciel, pour que l’azur tourne rouge vif — lumière sanglante… Azur azur azur ! — Atrocité !  — Ô azur !


la chair

littérature — Par younisos le 12 jui 2008 à 12:38

 

Younisos 

La chair

 Une bouche, une pine, un pilon de poulet, un parapluie, une bouche d’incendie —

La vie n’est-elle pas une piètre farce bien atroce, d’un comique lamentable, imbroglio de scénarii grotesques, cruelles occurrences ?... et puis hors la banalité : l’excès : éveil tragique — beauté horrible, lumière létale, ivresse vertigineuse au-dessus du gouffre innommable, pourriture, asticots scintillants.

Ainsi le cloaque sensitif ouvre sur l’immensité immonde : ivresse sans nom de ce qui se défait, s’affale et s’écoule en dessous.

Fécale éruption.Il faut imaginer d’énormes charognes sanguinolentes surgissant lentement du ciel bleu.La furie secrète, muette et anale éclate, solaire. L’azur est une immense putréfaction, la plus pure. Le bleu, déféquant sur des milliards d’yeux, les rince.La vision renaît et s’allume sous la fiente cosmique. Impossible d’escamoter la Boucherie. L’abominable apparaît abominable, et l’ignoble ignoble, — et le beau, immonde.

Dans la fureur, les hurlements, rages d’une joie atroce — le sang est ivresse. Des orgues d’une cathédrale jaillit et ruisselle une musique abyssale : cet excès de splendeur est comparable à l’immondice en ce qu’elle est excès, et à la chair d’une frêle jeune fille en ce qu’elle est excessivement douce.

L’éclat cru d’un gros sein blanc est une insulte à la prudence, un démenti de la raison, fond laiteux pour des rigoles de sang, orage de déflagrations hilares éclaboussant la gueule à ceux qui pensent à demain.

 


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