Ni je, ni autre.
J’exècre le soleil ! Je lui verserai mon sang sur la gueule !
Je ne suis pas moi. Je suis l’Os.
Dionysiaque.
Je ne me laisserai pas engloutir par la carne globale.
Rien à attendre, rien à penser.
Être et temps sont les déjections de l’humanité. Sur je et moi, s’édifient des balivernes universelles.
Ainsi donc plusieurs fois mon crâne explosa, sans que j’en crève. Enfin... je suis peut-être déjà crevé... je n’en sais rien. Je ne sais rien. Des images s’allumaient, et des sons, des orgues, seins aveuglants, beauté déchiquetée, et l’azur.
Je ne sais rien.
Ni père, ni mère — Anti-Œdipe incarné, fêlure sous l’azur cruel, mes yeux increvables béaient sur la lumière crue du monde.
Au commencement surgissait le cercle vicieux, flagrant et sans issue, criant à tue-tête qu’il est impossible de savoir quoi que ce fût.
Autrement dit, tout repose sur rien.
Le cogito cartésien (je pense donc je suis) est une formidable foutaise. "Je pense", ça ne prouve rien, ça ne fonde rien, rien du tout... Si vous partez de rien, vous y restez. Vous découvririez simplement toute la plénitude du rien : que le rien est tout, que rien ne peut rien fonder, et qu’il n’y a rien à savoir.
Le doute qui n’embrasse pas la totalité est une escroquerie ou un tour de passe-passe. La totalité embrassée par le doute est rien. Ce rien est indépassable : c’est le scepticisme radical.
* *
*
Exempt de toute créance le vécu jaillit déchaîné, débauche de sensations illuminées.
Je vois du sang sur l’azur ; la beauté et la lumière éclatent dans mon crâne.
Écoutez, je voudrais comprendre cette chose horrible et excessive qui irradie dans le bleu du ciel — j’ai au fond du ventre une rage qui voudrait que de mes entrailles surgisse un grand, très long couteau… un couteau assez énorme pour déchirer le soleil, ensanglanter le ciel, pour que l’azur tourne rouge vif — lumière sanglante… Azur azur azur ! — Atrocité ! — Ô azur !
* *
*
Depuis des lustres j’erre sur des frontières létales.
Au gibet, pendu haut et court j'éjacule mais ne meurs pas.
Je suis à peu près une charogne. (Il faut imaginer une charogne belle et ithyphallique.)
J’éploie ma carcasse, immonde, et, de mes doigts putréfiés je souille un clavier déglingué, gluant, couvert d’excroissances incarnadines.
Mon clavier est charnel, fait de mort et de stupre.
Je suis néanmoins un bel Os.
Je suis Dionysos.
Dressé je ris — déjà mort je triomphe — je ris étreignant le soleil !
Mort je suis, je jubile ! -- rien — Os — Phallos — j’ose !
Dans le fracas solaire je crie sans écho : JE NE SAIS RIEN.
Ni je, ni autre.
Rien.