younisos-ecrivain-tanger-litterature

Mort je triomphe

littérature — Par younisos le 30 sep 2008 à 23:03

Le Commandeur m'enfonçant un épieu dans le ventre me dit ricanant:
-- Crève! assassin des astres! charogne des arts! fils des caniveaux célestes!

Déchiquetées mes tripes rutilent clapotantes hors de ma peau, lourdes de fiel gras. Mon sang s'épand en rigoles sous le ciel blanc.
Jouissant de ma mort je chante, louant la déesse Pourriture, tandis que ma cervelle éclatée gicle vers les firmaments.

 

 


Horrible beauté

poésie — Par younisos le 08 sep 2008 à 23:07

La beauté n'est-elle pas ce pinacle d'équilibre déchirant où la lumière est près d'éclater éclaboussant l'oeil béant du voyeur ahuri ? -- en moi geignent moult bêtes sensitives aux cervelles transies, mon clavier est charnel, du fond de mes entrailles montent des mots et des cris, mon ventre éjacule des poèmes maudits.
Dans mes os érectiles se dressent des chants telluriens, dans le stream de mon sang résonne la musique abyssale de Dionysos sans mesure ni lien.
Ainsi s'épanouit en pointe l'horreur sensorielle, éclat blanc de seins levés vers le ciel, seins gorgés du lait de la terre, rayonnants de sublime lumière.
Ainsi l'effluve ondoyant d'une sombre chevelure éployée dans la brise du soir.
Ainsi le sang vespéral, et la lune lactescente nue dans le noir.
Ainsi l'horreur scintillante émanant d'une oeuvre d'art, et la prose sanglante du poète furibard, et l'exubérance d'une toile aux allures d'abattoir.
La beauté n'est-elle pas ce mystère d'équilibre rageant où la chair s'illumine en gloire, où la peau cruelle du réel se laisse enfin voir ?

 

 


Rouge sang

littérature — Par younisos le 30 aoà 2008 à 12:51
Dans le soleil brille la nuit — la chair, brutale, en est le fruit — le foutre et le lait se mêlent en sursis — un monstre succulent repose dans mon lit.
La beauté assassine le peu de paix qui subsiste dans mon crâne déglingué, mort je suis, quoique la volupté triomphe dans mille milliards d’asticots et que le verbe clame encore la puissance du bleu et l’exubérance du vit sacré — volupté telle la mousse épanouie sur le désastre tellurique d’une érection atroce, lancinante — le Phallus anthropomorphe que je suis (si “être” pouvait signifier quoi que ce fût) n’est autre que le sang versé dans un océan de lait — invoquant fruits rouges et coutelas je songeais aux écarts sanglants inhérents à la splendeur sidérante des contrastes carnés — au tréfonds du mal je m’égare pour clamser autrement — au tréfonds du mal je crèverais dans la joie de rythmes subits — massacres inédits — meurtres fortuits — éclat blanc de galbes plantureux sillonnés d’écarlate — une vampire féroce dort dans mon lit — Être n’est qu’une escroquerie — je ne suis pas, pas plus que je ne suis — ainsi parlait, paraît-il, Pyrrhon le Sceptique qui n’avait rien écrit.
Une vampire, dis-je, belle et horrible, scélérate et exquise, pulpeuse et incisive, somnole dans mon lit — car l’atroce est dans le fruit, la volupté déchire, et mourir... mourir est la plus obscène des orgies — — ainsi donc je jouis, je jouis mille morts chaque nuit, suçant l’énorme téton de ma vamp jusqu’à la lie — je me shoote au lait froid de vampire — souvent dans mes rêves j’éclate de rire, mais au réveil j’ai envie de fuir, m’en aller loin dans une terre sans astre qui luit.
Ni je ni autre, je m’écrie — ni je ni autre je ris seul dans la nuit.

L'écriture et le mal

littérature — Par younisos le 18 aoà 2008 à 13:42

Dans la nuit je m'abîme en pensées assassines. Sur ma table de travail je me scie les os, me fends les viscères, allumant ma plume aux massacres stellaires, au stupre des bêtes, aux incestes lunaires, aux mille millions de décharges lubriques jaillies jadis (mais éternelles) du divin marquis virtuellement sanguinaire.
Dans la nuit je m'étripe en images écarlates, seins aveuglants, lumière qui éclate, étalant ma peau sur ma table de travail, je me fends le crâne, m'extirpe la cervelle et la jette poisseuse aux w.c. de l'univers.
Sous le soleil je gémis je triomphe -- ô azur je jubile je crève -- je suis la lumière, -- je suis la boue je m'écrase, -- je me dresse Os au zénith Phallus solaire.
Je suis déjà mort.
Et je ris.

 


La chair et le couteau -- Extrait d'un roman inédit de Younisos

littérature, roman — Par younisos le 24 jui 2008 à 13:59

Extrait d'un roman inédit de Younisos

 

La belle endormie était là ramenée à la pure présence, charnelle épaisseur, silencieuse, ici et maintenant étalée.

De ses cheveux roux émanait une douce fragrance, sucrée, crémeuse.

Frôlant de mon nez sa chevelure je la humai profondément de sorte que, l’effluve me pénétrant jusqu’à la moelle, je fus saisi d’un délicieux vertige. Enivré d’effroi et de volupté, effleurant de ma main tremblotante sa poitrine à travers le drap, j’éprouvai la tiède plénitude de la chair. Sous l’estivale couverture sa très fine chemisette était partiellement déboutonnée : d’un petit geste je dénudai aisément le téton gauche sans la réveiller.

Le sein apparut tout rond, plein, inerte, d’une blancheur crue, lunaire. Beau et atroce.

Le couteau avec lequel elle avait découpé le saucisson reposait innocemment sur une petite étagère de bois beige.


rouge

poésie — Par younisos le 22 jui 2008 à 13:45

la chair
par  Younisos

 

 

M'adressant au Soleil je lui dis :

-- De mon ventre un grand couteau surgira, qui te lacérera, rat !

Tout rouge le Soleil, boursouflé, tuméfié si bizarre le Soleil, gonflant à vue d'oeil, finit par éclater.

Le sang chaud pleuvant à flots ruisselle sur l'étendue aride et poussiéreuse.


rage dionysiaque

poésie — Par younisos le 16 jui 2008 à 18:30

Je vois du sang sur l’azur ; la beauté et la lumière éclatent dans mon crâne. La lumineuse épaisseur de la chair me jette dans une fureur atroce.

Écoutez, je voudrais comprendre cette chose horrible et excessive qui irradie dans le bleu du ciel — j’ai au fond du ventre une rage qui voudrait que de mes entrailles surgisse un grand, très long couteau… un couteau assez énorme pour déchirer le soleil, ensanglanter le ciel, pour que l’azur tourne rouge vif — lumière sanglante… Azur azur azur ! — Atrocité !  — Ô azur !


la chair

littérature — Par younisos le 12 jui 2008 à 12:38

 

Younisos 

La chair

 Une bouche, une pine, un pilon de poulet, un parapluie, une bouche d’incendie —

La vie n’est-elle pas une piètre farce bien atroce, d’un comique lamentable, imbroglio de scénarii grotesques, cruelles occurrences ?... et puis hors la banalité : l’excès : éveil tragique — beauté horrible, lumière létale, ivresse vertigineuse au-dessus du gouffre innommable, pourriture, asticots scintillants.

Ainsi le cloaque sensitif ouvre sur l’immensité immonde : ivresse sans nom de ce qui se défait, s’affale et s’écoule en dessous.

Fécale éruption.Il faut imaginer d’énormes charognes sanguinolentes surgissant lentement du ciel bleu.La furie secrète, muette et anale éclate, solaire. L’azur est une immense putréfaction, la plus pure. Le bleu, déféquant sur des milliards d’yeux, les rince.La vision renaît et s’allume sous la fiente cosmique. Impossible d’escamoter la Boucherie. L’abominable apparaît abominable, et l’ignoble ignoble, — et le beau, immonde.

Dans la fureur, les hurlements, rages d’une joie atroce — le sang est ivresse. Des orgues d’une cathédrale jaillit et ruisselle une musique abyssale : cet excès de splendeur est comparable à l’immondice en ce qu’elle est excès, et à la chair d’une frêle jeune fille en ce qu’elle est excessivement douce.

L’éclat cru d’un gros sein blanc est une insulte à la prudence, un démenti de la raison, fond laiteux pour des rigoles de sang, orage de déflagrations hilares éclaboussant la gueule à ceux qui pensent à demain.

 


Aux frontières du je : Dionysos pyrrhonien

littérature — Par younisos le 07 jui 2008 à 14:31

Je suis YOUNISOS, je vis et j’écris à Tanger.

Le texte ci-dessous, je l’ai écrit en 2007, et il a été publié pour la première fois dans Nejma, Revue littéraire (tome II décembre 2007, éditions Heredcom, Tanger).

Aux frontières du je :

Dionysos pyrrhonien

Ni je, ni autre.

J’exècre le soleil ! Je lui verserai mon sang sur la gueule !

Je ne suis pas moi.

Je suis l’Os.

Dionysiaque.

Je ne me laisserai pas engloutir par la carne globale.

Rien à attendre, rien à penser.

Être et temps sont les déjections de l’humanité.

Sur je et moi, s’édifient des balivernes universelles.

Ainsi donc plusieurs fois mon crâne explosa, sans que j’en crève. Enfin... je suis peut-être déjà crevé... je n’en sais rien. Je ne sais rien. Des images s’allumaient, et des sons, des orgues, seins aveuglants, beauté déchiquetée, et l’azur.

Je ne sais rien.

Un jour de pluie, m’éveillant je jette un coup d’œil par la fenêtre et aperçois en plongée un décolleté profond, splendide. (Je hurlai en silence.) Blancheur crue.

Ni père, ni mère — Anti-Œdipe incarné, fêlure sous l’azur cruel, mes yeux increvables béaient sur la lumière crue du monde.

Mes premières déflagrations cérébrales eurent lieu à Tanger, au milieu des années quatre-vingts, quand je me mis à douter.

Au commencement surgit le cercle vicieux, flagrant et sans issue, criant à tue-tête qu’il était impossible de savoir quoi que ce fût.

Autrement dit, tout reposait sur rien.

Le cogito  cartésien (je pense donc je suis) est une formidable foutaise. "Je pense", ça ne prouve rien, ça ne fonde rien, rien du tout... Si vous partez de rien, vous y restez. Vous découvririez simplement toute la plénitude du rien : que le rien est tout, que rien ne peut rien fonder, et qu’il n’y a rien à savoir.

Le doute qui n’embrasse pas la totalité est une escroquerie ou un tour de passe-passe. La totalité embrassée par le doute est rien. Ce rien est indépassable : c’est le scepticisme radical.

Niant les évidences du sens commun, mettant en doute la réalité du monde et des hommes, moi-même gouffre d’incertitude, abîme infâme en chair et en os, je n’hésitais pas à expliquer à qui voulait bien m’entendre que je ne savais pas si j’existais, puisque je ne savais pas ce que voulaient dire "je" et "exister".

Rien.

Ce vertige effroyable qui faisait que le sol manquait, que tout s’ébranlait et foutait le camp, c’était "moi", sans sens ni raison –– pire qu’un pestiféré : l’abomination même. Tout cela devait fatalement mal finir : ils attendaient tous qu’il m’arrivât malheur, que les foudres de la géhenne s’abattissent sur moi.

Renversé par un chauffard ou trucidé par quelque vague malfrat, la tête ensanglantée telle celle de Pasolini clamsé, je servirais d’exemple... tout à la gloire de la providence et du bon sens... ô miracle la charogne apostate châtiée sur terre et expédiée promptement en enfer... bon débarras. Charogne !

* *

*

À l’âge où la vie déborde, seul je hurlais contre l’azur. Je rageais déjà, déchiré, écartelé par les cris vespéraux des oiseaux sous le ciel rougeoyant de Tanger.

Seul contre tous, je me débattais comme un porc qu’on égorge. Je doutais de tout, je ne savais rien — alors qu’ils avaient tous des certitudes.

De mon pyrrhonisme ils ne saisissaient que la question des dogmes intangibles qu’ils mettaient en avant pour me nuire tout en ayant bonne conscience. J’étais le mal absolu. Leur haine était légitime.

J’étais une espèce de bouc émissaire symbolique, cible permanente de mille pensées malveillantes... ou peut-être que je tournais parano ?... Mais la paranoïa, comme disait Ben Gazzara interprétant Bukowski dans un film de Marco Ferreri, Contes de la folie ordinaire, la paranoïa, c’est voir les choses vraiment telles qu’elles sont. Le vécu percé à jour est naturellement monstrueux. Des boyaux immondes se pressent sous la mince pellicule de la banalité.

Embourbé jusqu’au cou j’essayais de me taire, de me faire oublier, espérant me dépêtrer peu à peu de l’ignoble cloaque ; en vain : j’étais un cadavre, mille asticots péroraient à ma place, mes miasmes dénonçaient ma carcasse de paria.

* *

*

La vie s’écoulait, fiction cruelle ou farce sans fondement… ou cauchemar sans dormeur… ou alors, flux fluant sans sujet ni objet — pur jaillir de rien pour rien…

Exempt de toute créance le vécu jaillit déchaîné, débauche de sensations illuminées.

Je voyais du sang sur l’azur ; la beauté et la lumière éclataient dans mon crâne. La lumineuse épaisseur de la chair me jetait dans une fureur atroce.

Écoutez, je voudrais comprendre cette chose horrible et excessive qui irradie dans le bleu du ciel — j’ai au fond du ventre une rage qui voudrait que de mes entrailles surgisse un grand, très long couteau… un couteau assez énorme pour déchirer le soleil, ensanglanter le ciel, pour que l’azur tourne rouge vif — lumière sanglante… Azur azur azur ! — Atrocité !  — Ô azur !

* *

*

Depuis des lustres j’erre sur des frontières létales.

Au gibet, pendu haut et court je jouis mais ne meurs pas.

Je suis à peu près une charogne.

(Il faut imaginer une charogne belle et ithyphallique.)

J’éploie ma carcasse, immonde, et, de mes doigts putréfiés je souille un clavier déglingué, gluant, couvert d’excroissances incarnadines.

Mon clavier est charnel, fait de mort et de stupre.

Je suis néanmoins un bel Os.

Je suis Dionysos.

Dressé je ris — déjà mort je triomphe — je ris étreignant le soleil !

Mort je suis, je jubile ! -- rien — Os — Phallos — j’ose ! 

Si le ciel est vide alors je suis ce vide — je suis tout.

Dans le fracas solaire je crie sans écho : JE NE SAIS RIEN.

Ni je, ni autre.

Rien.

 


Creer un Blog Signaler un abus sur ce blog