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Rage dionysiaque

poésie — Par younisos le 26 jui 2009 à 14:06

Écoutez, je voudrais comprendre cette chose horrible et excessive qui irradie dans le bleu du ciel — j’ai au fond du ventre une rage qui voudrait que de mes entrailles surgisse un grand, très long couteau… un couteau assez énorme pour déchirer le soleil, ensanglanter le ciel, pour que l’azur tourne rouge vif — lumière sanglante… Azur azur azur ! — Atrocité !  — Ô azur !


Dionysos est un porc

poésie — Par younisos le 28 avr 2009 à 14:30

Mort.

Une rage tellurienne ébranle mes nerfs, j’ai la moelle érectile, je darde mes os dans le sel noir de la terre. Je suis déjà mort.

Je suis Dionysos, je suis un porc, une ivresse sensitive inonde mes pores. En moi giclent des visions lacunaires : une cuisse, une caresse, une carcasse, un coutelas — un éclair. Aurore ! — Azur et or ! Egorgez-moi ! je dors.

Une fesse, une gigue, un gigot, un melon — un pieu. Une onde de délire s’éploie dans les cieux, les astres se consument  en coïts furieux. En moi enfle un chant féroce, champs noirs, bonheur atroce. Je tremble et je ris voici la femme couchée, seins pâles sous la lune qui luit, la gorge tranchée, sang sève de fruit — horreur ! je jouis ! La peau des cerises est un doux mystère ; les arcanes du désir abondent en fruits rouges et formes laiteuses, énormes framboises aux sucs écarlates.

Les seins d’Aphrodite regorgent de lumière.

La volupté s’épanche ondoyant en coulées évanescentes. Fraises charnues. Déluge lactescent sillonné de carmin.

Dans la fêlure d’une folle effrénée j’ai glissé un doigt sensoriel — c’est dans mon crâne que flamboie l’enfer — dans mon crâne embrasé se dénude la viande ultime.

Je suis Dionysos, je suis un porc, je jubile, je jouis de ma mort — saignez-moi, dépecez mon corps.

Je suis le porc céleste.

Mort, mille fois mort. 


Illumination

poésie — Par younisos le 05 avr 2009 à 23:01

Une onde de délire parcourt l’univers.

Dionysos en gloire surgit dans l’or et l’azur des massacres stellaires.

Blés au soleil — ô jaune extrême du mutilé visionnaire ! — Je vois le jaune de l’extatique Van Gogh que j’approuve du tréfonds des viscères.

Yeux béants je brûle du feu solaire.

Le blanc laiteux palpite au ras de la chair — sur les divines courbes de la femme tremble la lumière, déluge de sève suc et pulpe de la terre.

L’azur ruisselle ni père ni mère jaillit le ciel jaillit la mer.


AZUR. (Extrait d'un roman inédit)

roman — Par younisos le 11 mar 2009 à 19:40

Sur la route du sud, portés par une joie frôlant le désastre et la mort nous étions furieux, exaspérés dans l’étendue de la lumière, parcourant plaines et sierras torrides, outre-Pyrénées...

En Andalousie la charnelle insolence de Julie suscita des regards furax. La chaleur et la lumière accentuaient l’éclat blessant des gros seins blancs. Cela frappait de plein fouet hommes et femmes.
Julie se laissa aborder par une jeune autochtone, Lourdès, brune de peau, la poitrine généreuse, la taille fine et un cul féerique. L’Andalouse succomba à la beauté pleine et radieuse des nibards blonds, et moi, je bandai terriblement dès que je vis les deux femmes ensemble. Dare-dare je les imaginai s’embrassant sur la bouche, dénudées, tétons mêlés.
À Cordoue de bars en terrasses de cafés je m’envoyais des bières tandis que Lourdès et Julie babillaient, lâchant de temps à autre des éclats de rire bruyants et obscènes. Je dis à Lourdès que j’avais faim et elle nous emmena dans un restaurant plein de jeunes gens éméchés. Les femmes semblaient lascives et les tables étaient jonchées de bouteilles. Au fond de la salle un jeune homme chantait en buvant au goulot.
J’étais affamé. Je voulais voir la langue de Lourdès toucher celle de Julie. Elles se pintaient au vin rouge et je continuais à avaler des bières. Goulu j’étais, briffant voracement pendant qu’elles jacassaient inlassables.
La bouche pleine je bredouillai :
— Vous…
Je voulais les faire taire, j’avais trop bu ; je n’en pouvais plus.
— Oui ? fit Lourdès m’adressant un sourire équivoque.
— Embrassez-vous, dis-je à brûle-pourpoint.
— Quoi ?
— Embrassez-vous bordel !... avec la langue !… J’en peux plus. Vous en avez envie depuis le début, vous attendez quoi ?
Je vrillai mon regard dans les yeux de Lourdès :
— Vous, qu’est-ce que vous attendez ? Pourquoi vous ne touchez pas ce putain de sein ?
Lourdès posa un regard nonchalant et secrètement angoissé sur le décolleté de Julie qui lampait du rouge.
Je remplis les verres qu’elles sifflèrent en silence.
Je finis de manger ma cuisse de poulet.
Posément l’Andalouse mit ses lèvres puis sa langue sur le pan nu du téton, puis les deux bouches se joignirent, langues dehors frétillant...

Une espèce de marée rouge et absurde me monta au crâne... absurde... j’avais envie de hurler ou d’assassiner… envie de vomir le réel... je voulais crever les limites du possible, provoquer une déflagration qui épuiserait tout ce qui pouvait surgir : viande, lumière, fiente, ciel, tomate, chiennerie cosmique... — exploser en un cri total, définitif… en finir…


Lumières sanglantes

poésie — Par younisos le 05 fé 2009 à 21:23

Sur ma table de travail, gît un porc écorché. Parmi les feux du ciel frétillent des biftecks, et des seins tranchés. Dans la lumière, pétille le rire vermeil de onze mille belles éventrées.

Au creux du soleil une vulve étincelle, étrange fêlure, nimbée d’or et d’azur. Scintillent le bleu du ciel et des carnes sanglantes, et les blancs viscères de matrones mutantes.

La terre s’ouvrant, des phallus effroyables s’élancent dans les airs, par flots le sang éclabousse l’atmosphère, l’humaine raison vacille et se perd, la vie triomphe écarlate et solaire — ma rage explose embrasant l’univers.

 Sur le lit blanc, gît une tête de porc — parmi la fraise et la crème rayonnent deux lèvres fraîches, et le goût de la mort.  Au creux de mon crâne un grand massacre se déchaîne, par ondes et flots le Mal fuse dans mes veines ; dans l’azur limpide je vois un bœuf écorché, et des gros seins blancs de pulpe gorgés — quand je dors j’ai souvent la gorge tranchée, dans mes rêves s’élèvent onze mille belles égorgées.

Ma tête enfle et éclate le sang gicle et ruisselle — ma sève s’épand par les trous du réel.

Parmi les cerises meringuées je vois d’amples hanches crémeuses, et une langue de porc — sur le lit blanc gît une tête de mort. Au cœur de la nuit molle et vaporeuse je vois des fesses hautes et laiteuses, et le sperme lunaire en giclées nébuleuses. Aux étoiles se mêle onctueuse la mamelle plantureuse d’une goule fougueuse, tandis qu’au zénith s’illuminent des chairs cambrées, bouches sanguines et rondes croupes lactées.

La lune enfle et éclate le lait fuse et ruisselle, ma rage se dilate en strip-tease du réel.

Sous le ciel blanc, rutile la viande carmin de onze mille nymphes désossées. Dans les ténèbres célestes frétillent des rumstecks, et des reins tranchés. Sur ma table de travail, gît une femme égorgée.


Le ver et le néon. Extrait d'un roman inédit

roman — Par younisos le 21 dé 2008 à 21:39
 Je creusais pour ouvrir dans la terre la béance qui m’attirerait dans d’autres outrages — la littérature n’est qu’ersatz quand le possible s’incarne sensible... Je creusais quand apparut un gros ver blanc. Je m’immobilisai. Le ver luisait sous la luminescence du néon, il rampait doucement, solitaire, blanc sur la terre sombre fraîchement retournée dont l’odeur forte et vaguement fécale emplissait la chambre. J’étais inerte dans la pure présence, contemplant le ver, — ver gras, d’une blancheur abominable, chair poisseuse, de plus en plus nette sous mes yeux, flagrante. Je frissonnai et une angoisse atroce que je connaissais bien affleura en moi. D’un coup de pelle j’écrasai la bête immonde.


Azur et volupté (ou la double Rage dionysiaque de Younisos)

poésie — Par younisos le 05 dé 2008 à 21:12
   Quand furtivement j’aperçois, au coin d’une rue, la beauté d’une femme, sublime et crue, s’illumine en moi l’Apparition de la chair, épiphanie éphémère, couleurs tremblées en galbes et lumières.

Quand je contemple fixement le bleu du ciel, il gicle en moi une atroce déchirure, rageuse fêlure, joie abominable, euphorie improbable, plénitude sensorielle frôlant de trop près l’infini insondable.

— Par-delà bien et mal, la lumière est fatale.

Quand je contemple fixement la nudité miraculeuse d’un sein lourd et beau, d’un sein pâle et cruel, éclate en moi un déluge mystique d’extase sensuelle — ainsi scintille la splendeur charnelle, ainsi la volupté éclôt et ruisselle.

Quand je perçois longuement l’étrange limpidité de l’azur, il surgit en moi une soudaine envie de fuir tous les murs, m’en aller sans papiers sans argent, sans raison ni vêtements, m’en aller fol et sauvage vers d’impossibles rivages, hurlant ma rage.

— Par-delà bien et mal, la lumière est létale.  


Le rythme viscéral du Mal

poésie — Par younisos le 08 nov 2008 à 21:59

   En moi enfle un chant brutal, quête du rythme primordial du Mal — je vois des chairs rutilantes et des pals, splendeurs bestiales, saignées musicales.

En moi vibre un chant viscéral — j’ouvre mon ventre aux cadences sidérales, je m’écartèle, me dépèce en giclées cérébrales, j’aspire à moult déflagrations cervicales et autres orgies intégrales. 

En moi fuse un cri vital, en moi fuse un élan cannibale, quand je vois surgir la lumière délétère d’une beauté létale.

En moi hurlent des loups noirs et des monstres acéphales — ma folle érection est fatale, mon foutre s’élance fulminant vers les étoiles.

Sous la lune je m’étale sur le galbe froid de l’opale, en moi monte un râle, je meurs de volupté, clamsant au rythme crucial du Mal, invitant au régal les vautours et les chacals.  


La lune lactescente nue dans le noir

poésie — Par younisos le 11 oct 2008 à 14:12
 

Dans les Mille et Une Nuits les belles ont la peau laiteuse et la chevelure aussi sombre que la nuit. Ainsi parmi les ténèbres la pleine lune luit, et d’un décolleté de soie noire la lumière jaillit, et le ciel flamboie quand le jour s’évanouit — ainsi fuse une violence inouïe du doux baiser fortuit.

Je boirai le mal jusqu’à la lie.

 

Nuitamment dans un cimetière surgit la lueur singulière d’une bougie, au chevet d’une tombe éclairée tel un lit, et la chair pâle d’une femme belle aux longs cheveux d’ébène, étalée, sans vie.

D’une blancheur lunaire, les seins fermes pointant vers le ciel firent fulminer de blancs éclairs dans mon crâne transi.

Ainsi donc je contemplais fixement le corps nu, quand la cuisse de la morte tressaillit, les narines frémirent et un œil, noir, s’ouvrit.

 

Je boirai l’horreur jusqu’à la lie.

Ainsi dans la fureur et la rage je jouis, je suis mille fois mort et j’écris, l’azur me hante et je me délecte de pluie — ainsi giclent le sang et la sève du carnage et du fruit. Dans les Mille et Une Nuits les belles ont la peau laiteuse et les yeux aussi noirs que la nuit.

 


Mort je triomphe

poésie — Par younisos le 30 sep 2008 à 23:03

                                                                à  Marc-Edouard  Nabe

Le Commandeur m'enfonçant un épieu dans le ventre me dit ricanant:
-- Crève! assassin des astres! charogne des arts! fils des caniveaux célestes!

Déchiquetées mes tripes rutilent clapotantes hors de ma peau, lourdes de fiel gras. Mon sang s'épand en rigoles sous le ciel blanc.
Jouissant de ma mort je chante, louant la déesse Pourriture, tandis que ma cervelle éclatée gicle vers les firmaments.

 

 


Horrible beauté

poésie — Par younisos le 08 sep 2008 à 23:07

La beauté n'est-elle pas ce pinacle d'équilibre déchirant où la lumière est près d'éclater éclaboussant l'oeil béant du voyeur ahuri ? -- en moi geignent moult bêtes sensitives aux cervelles transies, mon clavier est charnel, du fond de mes entrailles montent des mots et des cris, mon ventre éjacule des poèmes maudits.
Dans mes os érectiles se dressent des chants telluriens, dans le stream de mon sang résonne la musique abyssale de Dionysos sans mesure ni lien.
Ainsi s'épanouit en pointe l'horreur sensorielle, éclat blanc de seins levés vers le ciel, seins gorgés du lait de la terre, rayonnants de sublime lumière.
Ainsi l'effluve ondoyant d'une sombre chevelure éployée dans la brise du soir.
Ainsi le sang vespéral, et la lune lactescente nue dans le noir.
Ainsi l'horreur scintillante émanant d'une oeuvre d'art, et la prose sanglante du poète furibard, et l'exubérance d'une toile aux allures d'abattoir.
La beauté n'est-elle pas ce mystère d'équilibre rageant où la chair s'illumine en gloire, où la peau cruelle du réel se laisse enfin voir ?

 

 


Rouge sang

poésie — Par younisos le 30 aoà 2008 à 12:51
Dans le soleil brille la nuit — la chair, brutale, en est le fruit — le foutre et le lait se mêlent en sursis — un monstre succulent repose dans mon lit.
La beauté assassine le peu de paix qui subsiste dans mon crâne déglingué, mort je suis, quoique la volupté triomphe dans mille milliards d’asticots et que le verbe clame encore la puissance du bleu et l’exubérance du vit sacré — volupté telle la mousse épanouie sur le désastre tellurique d’une érection atroce, lancinante — le Phallus anthropomorphe que je suis (si “être” pouvait signifier quoi que ce fût) n’est autre que le sang versé dans un océan de lait — invoquant fruits rouges et coutelas je songeais aux écarts sanglants inhérents à la splendeur sidérante des contrastes carnés — au tréfonds du mal je m’égare pour clamser autrement — au tréfonds du mal je crèverais dans la joie de rythmes subits — massacres inédits — meurtres fortuits — éclat blanc de galbes plantureux sillonnés d’écarlate — une vampire féroce dort dans mon lit — Être n’est qu’une escroquerie — je ne suis pas, pas plus que je ne suis — ainsi parlait, paraît-il, Pyrrhon le Sceptique qui n’avait rien écrit.
Une vampire, dis-je, belle et horrible, scélérate et exquise, pulpeuse et incisive, somnole dans mon lit — car l’atroce est dans le fruit, la volupté déchire, et mourir... mourir est la plus obscène des orgies — — ainsi donc je jouis, je jouis mille morts chaque nuit, suçant l’énorme téton de ma vamp jusqu’à la lie — je me shoote au lait froid de vampire — souvent dans mes rêves j’éclate de rire, mais au réveil j’ai envie de fuir, m’en aller loin dans une terre sans astre qui luit.
Ni je ni autre, je m’écrie — ni je ni autre je ris seul dans la nuit.

L'écriture et le mal

poésie — Par younisos le 18 aoà 2008 à 13:42

Dans la nuit je m'abîme en pensées assassines. Sur ma table de travail je me scie les os, me fends les viscères, allumant ma plume aux massacres stellaires, au stupre des bêtes, aux incestes lunaires, aux mille millions de décharges lubriques jaillies jadis (mais éternelles) du divin marquis virtuellement sanguinaire.
Dans la nuit je m'étripe en images écarlates, seins aveuglants, lumière qui éclate, étalant ma peau sur ma table de travail, je me fends le crâne, m'extirpe la cervelle et la jette poisseuse aux w.c. de l'univers.
Sous le soleil je gémis je triomphe -- ô azur je jubile je crève -- je suis la lumière, -- je suis la boue je m'écrase, -- je me dresse Os au zénith Phallus solaire.
Je suis déjà mort.
Et je ris.

 


La chair et le couteau -- Extrait d'un roman inédit

roman — Par younisos le 24 jui 2008 à 13:59

 

 

La belle endormie était là ramenée à la pure présence, charnelle épaisseur, silencieuse, ici et maintenant étalée.

De ses cheveux roux émanait une douce fragrance, sucrée, crémeuse.

Frôlant de mon nez sa chevelure je la humai profondément de sorte que, l’effluve me pénétrant jusqu’à la moelle, je fus saisi d’un délicieux vertige. Enivré d’effroi et de volupté, effleurant de ma main tremblotante sa poitrine à travers le drap, j’éprouvai la tiède plénitude de la chair. Sous l’estivale couverture sa très fine chemisette était partiellement déboutonnée : d’un petit geste je dénudai aisément le téton gauche sans la réveiller.

Le sein apparut tout rond, plein, inerte, d’une blancheur crue, lunaire. Beau et atroce.

Le couteau avec lequel elle avait découpé le saucisson reposait innocemment sur une petite étagère de bois beige.


rouge

poésie — Par younisos le 22 jui 2008 à 13:45

la chair
par  Younisos

 

 

M'adressant au Soleil je lui dis :

-- De mon ventre un grand couteau surgira, qui te lacérera, rat !

Tout rouge le Soleil, boursouflé, tuméfié si bizarre le Soleil, gonflant à vue d'oeil, finit par éclater.

Le sang chaud pleuvant à flots ruisselle sur l'étendue aride et poussiéreuse.


la chair

littérature — Par younisos le 12 jui 2008 à 12:38

 

Younisos 

La chair

 Une bouche, une pine, un pilon de poulet, un parapluie, une bouche d’incendie —

La vie n’est-elle pas une piètre farce bien atroce, d’un comique lamentable, imbroglio de scénarii grotesques, cruelles occurrences ?... et puis hors la banalité : l’excès : éveil tragique — beauté horrible, lumière létale, ivresse vertigineuse au-dessus du gouffre innommable, pourriture, asticots scintillants.

Ainsi le cloaque sensitif ouvre sur l’immensité immonde : ivresse sans nom de ce qui se défait, s’affale et s’écoule en dessous.

Fécale éruption.  Il faut imaginer d’énormes charognes sanguinolentes surgissant lentement du ciel bleu.La furie secrète, muette et anale éclate, solaire. L’azur est une immense putréfaction, la plus pure. Le bleu, déféquant sur des milliards d’yeux, les rince.La vision renaît et s’allume sous la fiente cosmique. Impossible d’escamoter la Boucherie. L’abominable apparaît abominable, et l’ignoble ignoble, — et le beau, immonde.

Dans la fureur, les hurlements, rages d’une joie atroce — le sang est ivresse. Des orgues d’une cathédrale jaillit et ruisselle une musique abyssale : cet excès de splendeur est comparable à l’immondice en ce qu’elle est excès, et à la chair d’une frêle jeune fille en ce qu’elle est excessivement douce.

L’éclat cru d’un gros sein blanc est une insulte à la prudence, un démenti de la raison, fond laiteux pour des rigoles de sang, orage de déflagrations hilares éclaboussant la gueule à ceux qui pensent à demain.

 


Ni je ni autre

littérature — Par younisos le 07 jui 2008 à 14:31

Ni je, ni autre.

J’exècre le soleil ! Je lui verserai mon sang sur la gueule !

Je ne suis pas moi. Je suis l’Os.

Dionysiaque.

Je ne me laisserai pas engloutir par la carne globale.

Rien à attendre, rien à penser.

Être et temps sont les déjections de l’humanité. Sur je et moi, s’édifient des balivernes universelles.

Ainsi donc plusieurs fois mon crâne explosa, sans que j’en crève. Enfin... je suis peut-être déjà crevé... je n’en sais rien. Je ne sais rien. Des images s’allumaient, et des sons, des orgues, seins aveuglants, beauté déchiquetée, et l’azur.

Je ne sais rien.

Ni père, ni mère — Anti-Œdipe incarné, fêlure sous l’azur cruel, mes yeux increvables béaient sur la lumière crue du monde.

Au commencement surgissait le cercle vicieux, flagrant et sans issue, criant à tue-tête qu’il est impossible de savoir quoi que ce fût.

Autrement dit, tout repose sur rien.

Le cogito  cartésien (je pense donc je suis) est une formidable foutaise. "Je pense", ça ne prouve rien, ça ne fonde rien, rien du tout... Si vous partez de rien, vous y restez. Vous découvririez simplement toute la plénitude du rien : que le rien est tout, que rien ne peut rien fonder, et qu’il n’y a rien à savoir.

Le doute qui n’embrasse pas la totalité est une escroquerie ou un tour de passe-passe. La totalité embrassée par le doute est rien. Ce rien est indépassable : c’est le scepticisme radical.

* *

*

Exempt de toute créance le vécu jaillit déchaîné, débauche de sensations illuminées.

Je vois du sang sur l’azur ; la beauté et la lumière éclatent dans mon crâne.

Écoutez, je voudrais comprendre cette chose horrible et excessive qui irradie dans le bleu du ciel — j’ai au fond du ventre une rage qui voudrait que de mes entrailles surgisse un grand, très long couteau… un couteau assez énorme pour déchirer le soleil, ensanglanter le ciel, pour que l’azur tourne rouge vif — lumière sanglante… Azur azur azur ! — Atrocité !  — Ô azur !

* *

*

Depuis des lustres j’erre sur des frontières létales.

Au gibet, pendu haut et court j'éjacule mais ne meurs pas.

Je suis à peu près une charogne. (Il faut imaginer une charogne belle et ithyphallique.)

J’éploie ma carcasse, immonde, et, de mes doigts putréfiés je souille un clavier déglingué, gluant, couvert d’excroissances incarnadines.

Mon clavier est charnel, fait de mort et de stupre.

Je suis néanmoins un bel Os.

Je suis Dionysos.

Dressé je ris — déjà mort je triomphe — je ris étreignant le soleil !

Mort je suis, je jubile ! -- rien — Os — Phallos — j’ose ! 

Dans le fracas solaire je crie sans écho : JE NE SAIS RIEN.

Ni je, ni autre.

Rien.

 


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